Le « christianisme transcendant » du Régime Écossais Rectifié : son origine et ses mystères révélés

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« Principe Suprême de tout ce qui existe,

ton saint Temple n’est point dans cette région inférieure, matérielle et souillée ;

 ton trône est supérieur même aux régions célestes,

et tu en as imprimé le sentiment intime dans le cœur de l’homme. »

J.-B. Willermoz, Mes pensées et celles des autres, 15 avril 1788,

La Leçon 3

I – L’Ordre est chrétien, mais ne peut accueillir des individus qui « auraient une doctrine opposée » à celle qu’il professe

Le Régime Écossais Rectifié est connu pour posséder un caractère chrétien évident, clairement affirmé, en raison des déclarations explicites contenues dans ses rituels.  Pourtant, on annonce au « profane », avant qu’il ne soit reçu franc-maçon, que l’Ordre ne peut accueillir des individus qui « auraient une doctrine opposée » à celle qu’il professe, avertissement étonnant  énoncé à un chrétien qui ne saurait, a priori, avoir des convictions antagonistes avec celles défendues par un Régime, lui-même en théorie officiellement « chrétien ».

Comment donc expliquer une telle étrange mise en garde ? La réponse à cette interrogation peut se résumer ainsi : il y a en fait non pas un, mais deux « christianismes » au sein du Régime Rectifié. L’un requis pour être accepté et progresser dans l’Ordre, correspondant en sa globalité à ce qui peut être admis par tous les baptisés de l’ensemble des principales confessions chrétiennes. Et un autre, plus « secret », participant de l’enseignement initiatique et doctrinal reçu de Martinès de Pasqually († 1774), dont est dépositaire depuis le XVIIIe siècle le Régime Rectifié, se distinguant au niveau métaphysique par des thèses qui, sur plusieurs points significatifs, sont singulièrement éloignées des dogmes de l’Église, christianisme que Joseph de Maistre (1753-1821), désigna précisément pour cette raison comme relevant du  « christianisme transcendant ».

Joseph de Maistre

II – La doctrine du Régime Rectifié contient des vérités différentes de celles soutenues par l’Église

Ce qui explique cette désignation de « christianisme transcendant », et c’est bien là le fond du problème que beaucoup prétendent ne pas voir, ou refusent d’admettre ce qui revient au même au niveau des conséquences, provient du fait que cette « doctrine » contient des vérités effectivement non exactement identiques à celles soutenues par l’Église, notamment au sujet de « l’émanation primitive de l’âme », déclarée « de la même nature que l’Être immortel son Créateur »[1], l’enfermement d’Adam dans une enveloppe charnelle matérielle « semblable à celle des animaux » en conséquence de la prévarication aboutissant aujourd’hui à « l’union presque inconcevable de l’esprit, de l’âme et du corps » [2], etc., points qui ne sont pas réservés à l’enseignement délivré à l’intérieur de la classe secrète du Régime dite de la « Profession », mais apparaissent dès le Grade d’Apprenti, et par ailleurs conceptions qui plus est, désignées comme participant de « l’initiation parfaite », dont l’Ordre nous apprend, au 5ème Grade d’Écuyer Novice, qu’elles ont été perdues au VIème  siècle, en ayant été conservées dans le secret, non par l’Église – ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour des « chrétiens » -, mais par les initiés et les loges auxquelles ils appartenaient.

III – Quelles sont les connaissances voilées détenu par ce mystérieux « christianisme transcendant » ?

C’est pourquoi, la vraie question qu’il convient de se poser, est donc non pas de savoir si le Régime Écossais Rectifié est chrétien – conviction qui peut être acquise aisément sans qu’il soit nécessaire de déployer un argumentaire excessivement étendu pour en faire valoir la réalité -, mais bien plutôt de se demander de quel « christianisme » s’agit-il lorsque qu’on parle du caractère « chrétien » du système établi à Lyon par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) lors du Convent des Gaules (1778), et surtout savoir quelle est son origine, en quoi consiste sa nature véritable, et quelles sont les connaissances voilées détenu par ce mystérieux « christianisme transcendant » ?

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Faute de cette interrogation portant sur la nature du « christianisme » proposé par le système  willermozien, interrogation qui a presque toujours été ignorée, on passe complètement à côté du sujet en se lançant dans des péroraisons diverses et variées sur le caractère « chrétien » du Régime Rectifié, que l’on ne compte plus d’ailleurs à présent tant elles sont nombreuses et qui n’ont abouti à aucun résultat probant au final, car le constat démontre, si l’on consent à un certain examen un peu plus approfondi que la simple vision superficielle des données en présence, qu’il y a en fait non pas un, mais deux « christianismes » au sein du Régime Rectifié.

*

C’est pourquoi en « dix chapitres », la nature du « christianisme » du Régime Rectifié fait l’objet d’une étude approfondie et détaillée, dans le livre où est exposé avec précision ce qu’est l’origine et ce que sont les mystères du « christianisme transcendant » de l’Ordre, livre dont le sommaire est le suivant :

PREMIÈRE PARTIE

LE « CHRISTIANISME » DU RÉGIME ÉCOSSAIS RECTIFIÉ RÉVÉLÉ

PREMIER CHAPITRE

La double nature du « christianisme » propre au Régime Écossais Rectifié

DEUXIÈME CHAPITRE

Originalité du christianisme du Régime Écossais Rectifié

TROISIÈME CHAPITRE

Le Régime Rectifié est « chrétien », mais relève selon Jean-Baptiste Willermoz d’un christianisme dont les vérités ont été « perdues » par l’Église depuis le VIe siècle

QUATRIÈME CHAPITRE

Le but véritable poursuivi par Jean-Baptiste Willermoz lors de la constitution du Régime Écossais Rectifié

CINQUIÈME CHAPITRE

La double stratégie initiatique du Régime Écossais Rectifié, afin d’accéder au noyau doctrinal désigné sous le nom de « Sanctuaire »

DEUXIÈME PARTIE 

ORIGINE ET MYSTÈRES DU « CHRISTIANISME TRANSCENDANT »

SIXIÈME CHAPITRE

Le « christianisme transcendant » et les enseignements cachés de la « doctrine initiatique »

SEPTIÈME CHAPITRE

La « science divine » du « christianisme transcendant »

HUITÈME CHAPITRE

Le « christianisme transcendant » et les mystères de la théosophie chrétienne

NEUVIÈME CHAPITRE

Le « christianisme transcendant » et son rattachement à la « religion éternelle »

DIXIÈME CHAPITRE

Le « christianisme transcendant »,  né depuis l’aube des temps dans le silence, le mystère et le secret, incarne la forme concrète capable de conduire l’âme jusqu’à la « révélation de la Révélation »

CONCLUSION

Le but du Régime Rectifié est de travailler au rétablissement de la religion chrétienne primitive

SOMMAIRE COMPLET

IV – Le Régime Rectifié est le conservatoire de la doctrine des Élus Coëns

C’est pourquoi, Jean-Baptiste Willermoz en décidant de faire des enseignements de Martinès de Pasqually la base théorique et le fondement premier de cet Ordre entièrement nouveau connu sous le nom de « Régime Écossais Rectifié », changea complètement la nature de la perspective initiatique qui n’eut désormais strictement plus rien à voir avec de la maçonnerie templière, mais qui de plus installait au sein de ce nouveau Régime un « christianisme » d’une nature singulière, dont on peut dire, pour le qualifier de façon synthétique, qu’il relève du programme exposé par Martinès de Pasqually dans son Traité ayant pour finalité la « réintégration des êtres, dans leur première propriété, vertu et puissances spirituelle divine » [3].

Tableau Universel - Fonds Prunelle de Lière - Grenoble

Ainsi, c’est ce programme de la « réintégration », puisqu’il s’agit bien de cela et de rien d’autre, sous la forme d’un ensemble théorique et pratique, structuré et organisé, qui a établi le Régime Rectifié en un efficace instrument de préservation des thèses de Martinès, et un authentique « conservatoire » vivant de l’enseignement détenu par les Élus Coëns, mais qui, également de ce fait, tout en le fondant comme l’actif dépositaire de la doctrine martinésienne, lui conférait, de manière subtile, pour ne pas dire « voilée », un « christianisme » qui n’avait plus rien à voir avec celui enseigné par l’institution ecclésiale. 

Conclusion : Le Régime Rectifié donne accès aux « mystères » qui sont « la base du christianisme le plus pur », tenant à la « Religion primitive »

CBCS

La double nature du « christianisme » du système willermozien est en conséquence ce qu’il importe d’éclairer avec précision, afin que cette question – qui revient de manière constante et régulière dans les interrogations relatives au Régime Rectifié, ayant suscité depuis des décennies diverses prises de positions les plus contradictoires, et souvent hautement hasardeuses -, puisse trouver sa solution et être pleinement explicitée sur le plan théorique certes, mais également étudiée au niveau de sa dimension religieuse et, enfin, rigoureusement définie du point de vue doctrinal et initiatique, nous permettant de comprendre pourquoi, et pour quelles raisons précises, Joseph de Maistre, qui connaissait fort bien le sujet ayant été armé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte sous le nom de Josephus, Eques a Floribus le 6 novembre 1778, en accédant à cette occasion à l’ultime classe secrète du Régime, parla de « christianisme transcendant » [4], lorsqu’il voulut qualifier le « christianisme » tel que pratiqué, soutenu et enseigné, qu’il découvrit, alors jeune maçon savoisien, lorsqu’il rejoignit la Réforme de Lyon.

Héritier de « l’influence spirituelle » authentique et véritable qu’il reste le seul, sur le plan historique, à détenir validement et légitimement de par le caractère ininterrompu de la chaîne de transmission le reliant à l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, le Régime Rectifié est donc devenu, logiquement, l’expression, en mode maçonnique et chevaleresque, d’une sensibilité chrétienne puisant ses sources non dans la dogmatique des conciles et l’enseignement officiel de l’institution ecclésiale, mais dans les conceptions formulées par les courants qualifiés « d’hétérodoxes », qui subsistèrent au cours des âges à la marge de l’Église.

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Dans l’intention de Jean-Baptiste Willermoz, il s’agissait non seulement de retrouver « l’Unité primitive » de la franc-maçonnerie, mais surtout, d’en découvrir les « traces précieuses », son « but » et son « berceau », qui se situent, bien évidemment, en Adam lors des premier temps de son « émanation » avant sa prévarication, et son in-corporisation dans une forme de matière impure et dégradée, recouvert « d’habits de peau » (Genèse III, 21) [5], mais également, dans le christianisme originel, d’où proviennent concrètement, les sources des mystères de l’initiation, qui remonte jusqu’au premier commencement du monde. 

La grande leçon reçue de la transmission willermozienne, relative à la nature du christianisme, porte donc sur le fait que si l’histoire visible de l’Église débute bien à la Pentecôte [6], son origine première se trouve en réalité inscrite dans l’intime « mystère de Dieu », subsistant en cet abîme inaccessible aux facultés humaines, alors même que le monde n’était pas encore constitué [7] ; telle est la primitive origine, la source, non historique et intemporelle, véritable et ineffable, de l’assemblée ou « communauté de l’éternelle lumière », qui traverse secrètement les siècles, dans le retrait du monde et le silence, et dont le Régime Rectifié en tant que témoin du « Haut et saint Ordre », a pour mission de rappeler « l’invisible présence ».

C. CT - V OFFICIELLE

Le  « christianisme transcendant » du Régime Écossais Rectifié :

son origine et ses mystères révélés

Éditions Dervy, 2024, 320 pages, 24 €.

Notes.


[1] Rituel du Grade d’Apprenti. Régime Écossais Rectifié, 1802, B.N.F., Ms. 512-541.

[2] Ibid.

[3] Robert Amadou (1924-2006) insista, à juste raison, sur le but poursuivi par Willermoz lors de la constitution du Régime Rectifié, en une formulation très exacte qui mérite d’être rappelée : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l’un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l’ordre des Élus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l’archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration.» (R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36.)

[4] J. de Maistre, Les Soirées  de Saint-Pétersbourg, XIe Entretien, 1821.

[5] C’est ce que décrivit parfaitement Émile Dermenghem, lors de la publication en 1928, de son étude ayant pour titre « Joseph de Maistre Mystique » : « C’est une idée analogue que Joseph de Maistre suggère lorsqu’il parle des « habits de peau » (note 3. Soirées, IIe entr., p. 292). La Genèse appellerait ainsi selon l’interprétation théosophique, les corps matériels actuels dont Adam et Ève furent revêtus après la chute […] Il cite Maïmonide, et Platon (l’homme double du Banquet). Cf. ci-dessus, IIIe partie, chap. I), ajoute Maistre, cita ces paroles dans le siècle suivant avec quelques altérations ; il cite une réponse semblable du Sauveur à Salomé qui lui faisait même question : ‘‘Lorsque vous aurez déposé le vêtement de honte et d’ignominie (il s’agit évidemment du corps actuel) ; lorsque les deux deviendront uns…[5]» (Émile Dermenghem, Joseph de Maistre Mystique, ses rapports avec le martinisme, l’illuminisme et la Franc-maçonnerie, l’influence des doctrines mystiques et occultes sur la pensée religieuse, La Colombe, 1946, p. 292-293.)

[6] Il est à noter que c’est à Antioche seulement que les disciples, c’est-à-dire le noyau de la primitive Église, reçurent le nom de « chrétiens » : « Et il leur arriva que, pendant un an tout entier, ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule, – et que ce fut à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens. » (Acte XI, 26).

[7] « Il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour, nous ayant prédestinés pour nous adopter pour lui par Jésus Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce dans laquelle il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé.» (Éphésiens I, 4-6).

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